Sommaire
- Ce qui s’est passé
- Pourquoi perfuser du calcium
- Les vaches à risque
- Reconnaître la fièvre de lait
- Le traitement
- Ce que propose l’agence
- Quand attendre les livraisons
- Pourquoi les médicaments vétérinaires viennent à manquer
- Réduire le risque de fièvre de lait
- Pas seulement les vaches
- Et chez le chien et le chat ?
- Et ensuite ?
Ce qui s’est passé
Le 26 octobre 2026, la revue vétérinaire suédoise VeterinärMagazinet, citant l’agence suédoise des produits médicaux (Läkemedelsverket), a signalé un risque de pénurie de solutions de calcium pour perfusion. Les deux spécialités de calcium injectable par voie intraveineuse autorisées pour les animaux en Suède, Calcibel et Infucal vet., figurent sur la liste des ruptures d’approvisionnement.
Calcibel est autorisé chez les bovins, les ovins, les caprins, les chevaux et les porcs. Si rien ne change, le pays se retrouvera un temps sans aucune solution de calcium autorisée pour ces indications. La pénurie touche plusieurs domaines du travail des vétérinaires ruraux.
Läkemedelsverket, VeterinärMagazinet ; 26 octobre 2026
Pourquoi perfuser du calcium
L’organisme a besoin de calcium pour le fonctionnement des muscles, dont le cœur, et des nerfs. Chez la vache laitière, la production de lait démarre brutalement dans les premiers jours après le vêlage, et une grande quantité de calcium part dans le colostrum et le lait. Si l’organisme n’a pas le temps de s’adapter et de puiser le calcium dans les os et la ration, la calcémie chute. On parle d’hypocalcémie et, dans sa forme grave chez la vache, de fièvre vitulaire ou fièvre de lait.
Une hypocalcémie sévère peut être mortelle. Le seul moyen rapide de remonter la calcémie est alors de perfuser une solution de calcium en intraveineuse. Sans ces produits, les vétérinaires ruraux sont en difficulté, et tout retard de traitement peut coûter la vie à la vache.
La fièvre de lait n’est que la partie émergée de l’iceberg. Chez beaucoup de vaches, la calcémie ne baisse pas assez après le vêlage pour qu’elles se couchent, mais suffisamment pour que les muscles de l’utérus et de l’estomac fonctionnent moins bien. Ces vaches font plus souvent des non-délivrances, des déplacements de caillette, des mammites et des problèmes de fertilité. La prévention est donc rentable non seulement en vies sauvées, mais aussi pour la santé de tout le troupeau.
Les vaches à risque
La fièvre de lait touche surtout les vaches laitières hautes productrices, en particulier à partir du troisième vêlage : avec l’âge, l’organisme mobilise moins vite le calcium des os. Le risque est plus élevé chez les vaches trop grasses et chez celles qui ont reçu une ration trop riche en calcium et en potassium pendant le tarissement. La plupart des cas surviennent dans les deux jours qui suivent le vêlage. Il existe aussi des différences de race : les Jersiaises, par exemple, y sont plus sujettes que les Prim’Holstein. Et une vache qui a déjà fait une fièvre de lait risque davantage d’en refaire une au vêlage suivant.
Reconnaître la fièvre de lait
Les vétérinaires distinguent trois stades :
- Stade précoce. La vache est agitée ou au contraire abattue, piétine, présente des tremblements musculaires et mange mal. Beaucoup d’éleveurs passent à côté de ce stade.
- Stade intermédiaire. La vache est couchée sur le sternum et ne peut pas se relever ; elle tourne souvent la tête vers le flanc, le cou formant un S. Les oreilles et les pattes sont froides, elle ne rumine plus, le rumen est à l’arrêt.
- Stade grave. La vache est couchée sur le côté, réagit à peine et peut tomber dans le coma. Sans traitement, l’animal meurt en quelques heures à ce stade.
Si une vache ne se relève pas après le vêlage ou se comporte de façon inhabituelle, appelez immédiatement le vétérinaire. Une vache couchée risque aussi de s’abîmer les muscles et les nerfs des membres : chaque minute compte. Seul le vétérinaire peut distinguer la fièvre de lait des autres causes de vache couchée après vêlage — traumatismes du vêlage, mammite grave, cétose —, n’essayez donc pas de poser le diagnostic vous-même.
Le traitement
Les cas graves sont traités par une solution de calcium que le vétérinaire injecte lentement en intraveineuse en surveillant le cœur : une administration trop rapide est dangereuse pour le rythme cardiaque. Après la perfusion, beaucoup de vaches se relèvent en quelques heures. Dans les cas légers et en prévention, on utilise du calcium en sous-cutanée ou sous forme de bolus et de gels à administrer par la bouche. Mais en cas de fièvre de lait grave, cela ne remplace pas l’intraveineuse : la vache peut ne plus déglutir, et le calcium est absorbé lentement par l’intestin.
Après le traitement, la vache doit être surveillée. La fièvre de lait peut récidiver dans les 24 à 48 heures, et le traitement est alors renouvelé. Tant que la vache est couchée, on la garde sur une litière souple et antidérapante, on l’aide à changer de position toutes les quelques heures et on évite qu’elle se relève sur un sol glissant : une chute peut entraîner une blessure.
Ce que propose l’agence
L’agence du médicament rappelle que le vétérinaire peut demander une licence, c’est-à-dire une autorisation spéciale d’utiliser un médicament non autorisé en Suède mais autorisé dans un autre pays européen. Des demandes portant sur des solutions de calcium de remplacement lui parviennent déjà. La demande est généralement faite par une pharmacie à la demande du vétérinaire, et l’agence statue ; cela prend du temps, il vaut donc mieux anticiper plutôt que d’attendre la nuit où la vache est déjà couchée.
Mais une licence ne garantit pas la disponibilité du médicament : l’agence ignore quelle quantité arrivera réellement sur le marché suédois. Les vétérinaires sont invités à suivre la liste des ruptures, mise à jour quotidiennement par l’agence, et à s’organiser à l’avance avec les pharmacies et les fournisseurs.
Quand attendre les livraisons
Selon les prévisions des fabricants, Infucal vet. devrait revenir le 30 novembre et Calcibel le 17 décembre. L’agence prévient que ces dates peuvent changer. Pour les éleveurs, il faut donc passer novembre et début décembre avec des stocks minimaux et en misant sur la prévention. Si les produits reviennent plus tôt, l’agence l’indiquera dans sa liste ; s’ils tardent, les vétérinaires devront s’appuyer plus longtemps sur des produits importés sous licence.
Pourquoi les médicaments vétérinaires viennent à manquer
Les ruptures de médicaments vétérinaires ne sont pas rares en Europe. Beaucoup de médicaments pour animaux ne sont fabriqués que par un ou deux laboratoires, le marché est étroit, et si une usine rencontre un problème de matière première, d’équipement ou de contrôle qualité, rien ne permet de la remplacer rapidement. Dans les petits pays où peu de spécialités sont autorisées, ces ruptures se font particulièrement sentir. C’est pourquoi l’UE permet, en cas de pénurie, d’utiliser des médicaments autorisés dans d’autres pays — c’est sur ce principe que repose le conseil de l’agence. Mais un produit importé peut différer du produit habituel par sa concentration, la taille du flacon et une notice dans une autre langue : le vétérinaire doit donc vérifier soigneusement la posologie avant de traiter.
Réduire le risque de fièvre de lait
La prévention est aujourd’hui plus importante que d’habitude. Parlez-en avec votre vétérinaire et votre conseiller en alimentation :
- l’alimentation au tarissement. Une ration pauvre en calcium et en potassium dans les dernières semaines avant le vêlage « entraîne » l’organisme de la vache à puiser plus vite le calcium dans les os. On utilise souvent aussi des additifs spécifiques, les sels anioniques ;
- l’état corporel. Les vaches ne doivent pas être trop grasses au vêlage ;
- du calcium par voie orale pour les vaches à risque. Des bolus ou des gels de calcium juste après le vêlage puis quelques heures plus tard aident à passer les premières 24 heures, les plus dangereuses ;
- la surveillance des vêlages. Contrôlez plus souvent les hautes productrices et les vaches âgées dans les 48 heures qui suivent le vêlage pour repérer le stade précoce ;
- le suivi. Notez les vaches qui ont déjà fait une fièvre de lait : elles sont prioritaires pour la prévention ;
- l’anticipation. Demandez à votre vétérinaire s’il dispose d’un produit sous licence pour les cas graves et gardez son numéro à portée de main.
Pas seulement les vaches
L’hypocalcémie existe aussi chez d’autres espèces. Chez la brebis et la chèvre, elle survient surtout en fin de gestation, notamment en cas de jumeaux ou de triplés, et demande elle aussi une prise en charge rapide. Elle est plus rare chez le cheval et le porc, mais Calcibel est également autorisé pour eux : la pénurie concerne donc aussi ces élevages. Les détenteurs de petits troupeaux de brebis ou de chèvres ont intérêt à voir dès maintenant avec leur vétérinaire comment traiter une hypocalcémie dans les semaines à venir.
Et chez le chien et le chat ?
Un état tout aussi dangereux existe chez la chienne allaitante et, plus rarement, chez la chatte : l’éclampsie. Elle survient surtout dans les premières semaines après la mise bas, en particulier chez les petites races et les grandes portées. Les signes : agitation, halètement, tremblements, démarche hésitante, puis convulsions et forte fièvre. C’est une urgence : la chienne doit être conduite immédiatement chez le vétérinaire, qui lui administrera du calcium. La pénurie actuelle concerne les produits pour animaux de rente, mais si votre chienne vient de mettre bas, mieux vaut connaître ces signes de toute façon.
Et ensuite ?
En attendant le retour des produits, les vétérinaires suédois travailleront avec des produits importés sous licence et les stocks restants. L’agence et les vétérinaires n’ont qu’un conseil pour les éleveurs : ne pas attendre qu’une vache se couche, mais réduire à l’avance le risque de fièvre de lait, par une bonne alimentation au tarissement et la surveillance des vêlages. Plan pratique pour les semaines à venir : repérer les vaches qui vêlent en novembre et début décembre, vérifier leur ration avec le vétérinaire, constituer une réserve de calcium oral et convenir du délai d’intervention du vétérinaire auprès d’une vache couchée.
Sources
- VeterinärMagazinet, d’après Läkemedelsverket, 26 octobre 2026
- Agence suédoise des produits médicaux (Läkemedelsverket), octobre 2026



