Parasites

Antipuces et rivières : le Royaume-Uni renonce à interdire la baignade des chiens traités pendant 28 jours — ce que montrent les études

Les pipettes contre les puces et les tiques protègent chiens et chats, mais leurs principes actifs se retrouvent désormais dans presque toutes les rivières anglaises. La Chambre des lords proposait d’interdire la baignade aux chiens traités pendant quatre semaines, mais le 26 octobre le gouvernement a refusé. Nous expliquons comment les antiparasitaires arrivent dans l’eau, ce qu’ont décidé les autorités et comment traiter son animal sans nuire à l’environnement.

10 min de lecture
Un chien qui se baigne dans une rivière
Photo: Freepik
Sommaire
  1. Ce qu’a décidé le gouvernement
  2. Comment les antipuces arrivent dans les rivières
  3. Pourquoi ces produits sont nécessaires
  4. Les différents types de produits
  5. Ce qu’ont trouvé les chercheurs
  6. Ce que proposaient les lords
  7. Pourquoi le gouvernement a refusé les 28 jours
  8. Ce que le gouvernement a accepté
  9. Et les autres pays ?
  10. Comment savoir si son animal a des puces
  11. Comment inspecter son chien à la recherche de tiques
  12. Traiter son animal sans nuire aux rivières

Ce qu’a décidé le gouvernement

Le 26 octobre, le ministère britannique de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales (Defra) a répondu au rapport de la Chambre des lords sur la pollution des rivières par les antiparasitaires destinés aux animaux de compagnie. Le gouvernement a accepté la plupart des recommandations. Mais il a rejeté la principale : interdire aux chiens traités de se baigner dans les rivières et les lacs pendant quatre semaines, au lieu de quatre jours actuellement.

La présidente de la commission de la Chambre des lords, la baronne Sheehan, a jugé ce refus décevant. La commission compte remettre le sujet sur la table lors d’un débat avec le ministre.

Comment les antipuces arrivent dans les rivières

Beaucoup de pipettes et de colliers contre les puces et les tiques contiennent du fipronil ou de l’imidaclopride. Ce sont des insecticides qui agissent sur le système nerveux des insectes. Dans l’agriculture de l’UE et du Royaume-Uni, ils sont interdits ou fortement restreints depuis longtemps parce qu’ils nuisent aux abeilles et aux invertébrés aquatiques — mais ils restent présents dans les médicaments vétérinaires pour chiens et chats.

Depuis le pelage de l’animal, ces substances rejoignent l’eau par deux voies : directement, quand le chien nage dans une rivière ou un étang, et par les égouts — quand on lave le chien ou son coussin, ou quand le maître se lave les mains après l’avoir caressé. Les stations d’épuration ne retiennent ces substances que partiellement.

Ce que montrent les étudesLes antipuces dans les eaux anglaises
98–99 %des prélèvements d’eau de rivière contenaient du fipronil20 rivières d’Angleterre
66 %des prélèvements contenaient de l’imidacloprideles mêmes rivières
28 jourstraces du produit sur les mains du maître après le traitement du chienselon l’étude de 2024
20–40 %de la pollution des eaux usées vient du lavage des mains, du bain du chien et du lavage du coussinestimation des chercheurs

Université du Sussex et Imperial College London, 2024 ; Environment Agency, prélèvements 2016–2018

Pourquoi ces produits sont nécessaires

Renoncer à la protection antiparasitaire serait une mauvaise idée. Les tiques transmettent des maladies dangereuses pour le chien — piroplasmose (babésiose) et maladie de Lyme (borréliose) —, et avec le réchauffement, leur saison s’allonge en Europe. Les puces provoquent une dermatite allergique sévère et transmettent le ténia et des bactéries qui peuvent aussi contaminer l’humain. Le débat britannique ne porte donc pas sur l’arrêt des traitements, mais sur la façon de les utiliser raisonnablement.

Les différents types de produits

  • Les pipettes (spot-on), la forme la plus courante. La substance se répartit sur la peau et le pelage, si bien qu’une partie part à la baignade ou au bain.
  • Les colliers libèrent progressivement le principe actif pendant plusieurs mois.
  • Les comprimés agissent de l’intérieur et ne partent pas avec l’eau, mais ils ont leurs propres limites et contre-indications.
  • Les shampooings et sprays agissent peu de temps et servent surtout aux traitements ponctuels.

La forme adaptée à un chien ou à un chat dépend de son âge, de sa santé, de son mode de vie et des parasites contre lesquels il faut le protéger. C’est une décision à prendre avec le vétérinaire.

Important : les produits pour chiens ne doivent jamais être utilisés chez le chat. Certaines pipettes pour chiens contiennent de la perméthrine, toxique pour le chat, qui peut provoquer des convulsions et la mort. Si vous avez un chien et un chat, demandez au vétérinaire quel produit convient aux deux, et évitez que le chat se couche contre un chien fraîchement traité.

Ce qu’ont trouvé les chercheurs

En 2024, des chercheurs de l’université du Sussex et de l’Imperial College London ont suivi le trajet des produits des chiens jusqu’aux égouts. Ils ont prélevé des échantillons sur 98 chiens traités avec des pipettes au fipronil ou à l’imidaclopride, ainsi que sur leurs maîtres.

Les deux substances ont été retrouvées dans tous les échantillons de rinçage. Le résultat le plus surprenant concerne les mains des maîtres : des traces des produits y étaient détectées au moins 28 jours après le traitement du chien — il suffit de caresser l’animal puis de se laver les mains. C’est le bain du chien qui en libère le plus d’un coup : selon les auteurs, environ 5 % de l’imidaclopride appliqué et environ 3 % du fipronil partent ainsi à l’égout. Au total, le lavage des mains, le bain et le lavage du coussin représenteraient, selon les chercheurs, 20 à 40 % de la pollution des eaux usées par ces substances.

Ce que proposaient les lords

En août, la commission de l’environnement de la Chambre des lords a publié le rapport « Paws for Concern » sur les animaux de compagnie, les antiparasitaires et la pollution, avec huit recommandations. Ses membres avaient entendu des témoignages selon lesquels les pipettes peuvent polluer l’eau jusqu’à 28 jours après l’application, et ils proposaient :

  • de faire passer l’interdiction de baignade des chiens traités de quatre jours à quatre semaines ;
  • de ne vendre les antiparasitaires qu’après un conseil individualisé ;
  • de mieux former les vétérinaires et les vendeurs ;
  • de financer de nouvelles recherches ;
  • d’évaluer plus strictement les risques environnementaux des produits ;
  • de publier des données anonymisées sur les ventes et l’utilisation.

Pourquoi le gouvernement a refusé les 28 jours

Pour le Defra, les preuves ne suffisent pas encore à justifier une telle interdiction. Les études portent sur un petit nombre d’animaux et reposent sur des hypothèses sur le comportement des chiens, la nature des cours d’eau et les conditions d’utilisation des produits — la réalité peut être différente. Selon le ministère, toute nouvelle restriction doit s’appuyer sur une méthode scientifique éprouvée d’évaluation des risques.

D’autres arguments ont été avancés. Une interdiction trop longue pourrait nuire au bien-être animal : certains maîtres cesseraient de traiter leur chien ou choisiraient des produits moins adaptés. De nouvelles règles pourraient aussi aboutir à ce que des produits différents soient vendus en Grande-Bretagne et en Irlande du Nord.

Les recommandations actuelles, associées à des conseils aux propriétaires, restent l’approche la plus proportionnée pendant que nous examinons les nouvelles données.

Defra, réponse au rapport de la Chambre des lords, 26 octobre 2026

Ce que le gouvernement a accepté

Le ministère a soutenu les autres propositions : formation des professionnels, financement de la recherche, évaluation environnementale plus stricte des produits et publication de données anonymisées sur les ventes et l’utilisation. La question de savoir si les antiparasitaires ne devraient être vendus qu’après consultation d’un vétérinaire est actuellement examinée par l’autorité britannique du médicament vétérinaire (Veterinary Medicines Directorate), et le Defra n’a pas voulu anticiper sa décision. Les résultats d’une consultation publique menée au printemps doivent être publiés dans les prochaines semaines.

Et les autres pays ?

Les mêmes principes actifs se trouvent dans des produits vendus partout en Europe, et les rivières fonctionnent partout de la même façon. Le débat britannique est l’un des premiers où les autorités se demandent sérieusement comment protéger l’eau sans priver les animaux de protection contre les puces et les tiques. En France aussi, des chercheurs et l’Anses s’intéressent à la présence des antiparasitaires vétérinaires dans l’environnement. L’issue du débat britannique mérite donc d’être suivie par les propriétaires de chiens et de chats de tous les pays.

Comment savoir si son animal a des puces

Les puces sont difficiles à repérer : elles sont minuscules et se cachent vite dans le pelage. Doivent alerter : des grattages fréquents, des mordillements de la peau à la base de la queue, des rougeurs et des zones dégarnies. Un test simple : peignez le pelage au-dessus d’une feuille blanche humide. S’il reste des grains noirs qui forment des taches brun-rouge, ce sont des déjections de puces, c’est-à-dire du sang digéré. Chez le chat, c’est encore plus difficile : il se toilette minutieusement et avale les insectes, si bien que le seul signe est parfois la présence de segments de ténia, semblables à des grains de riz, près de la queue ou dans la litière.

Les puces sur l’animal ne sont qu’une partie du problème. Les œufs et les larves tombent du pelage et se développent dans le panier, les tapis et les interstices du sol. En plus de traiter l’animal, il faut donc passer régulièrement l’aspirateur là où il dort et vider le sac ou le bac de l’aspirateur à l’extérieur.

Comment inspecter son chien à la recherche de tiques

Les tiques sont surtout actives au printemps et à l’automne, et lors des hivers doux on en trouve même en décembre. Après les promenades dans l’herbe, les broussailles et les bois, inspectez votre chien : les tiques se fixent le plus souvent sur la tête, les oreilles, le cou, les aisselles, l’aine et entre les doigts. Retirez la tique avec un tire-tique ou une pince fine, lentement et régulièrement, sans l’écraser. Ne mettez ni huile ni éther et ne la brûlez pas : cela n’aide pas et peut nuire. Si le point de morsure rougit et que, quelques jours plus tard, le chien devient abattu, a de la fièvre ou des urines foncées, consultez d’urgence : c’est ainsi que peut commencer une piroplasmose.

Traiter son animal sans nuire aux rivières

Inutile de renoncer à la protection antiparasitaire : puces et tiques transmettent des maladies dangereuses, dont certaines touchent aussi l’humain. Mais le maître peut agir lui-même :

  • Établissez un protocole avec le vétérinaire. Beaucoup d’organisations vétérinaires recommandent de traiter selon le risque réel — saison, mode de vie, région — plutôt que toute l’année « par précaution ».
  • Respectez le délai indiqué dans la notice. Si elle précise de ne pas laver le chien ni le laisser aller dans l’eau pendant quelques jours après le traitement, tenez-vous-y.
  • Ne baignez pas le chien juste après l’application d’une pipette, sauf nécessité : c’est le bain qui élimine le plus de produit.
  • Évitez de toucher la zone d’application et lavez-vous les mains après le traitement.
  • Ne cumulez pas les produits. Pipette, collier et comprimé en même temps n’apportent pas une double protection, mais augmentent la charge pour l’animal et pour l’eau. La dose dépend du poids de l’animal.
  • Ne jetez pas les restes dans l’évier ou les toilettes : éliminez les emballages selon la notice ou les règles de votre commune.

La décision du gouvernement britannique n’est pas définitive : l’examen des nouvelles données se poursuit, et les recommandations aux propriétaires pourraient évoluer.

Sources

  1. Defra, réponse au rapport de la Chambre des lords, 26 octobre 2026
  2. Commission de l’environnement de la Chambre des lords, rapport « Paws for Concern », août 2026
  3. Université du Sussex et Imperial College London, Science of The Total Environment, 2024
  4. Agence de l’environnement d’Angleterre (Environment Agency), prélèvements 2016–2018
  5. Vet Times, 26 octobre 2026
Thème: ParasitesAnimaux: Chats ChiensPays: Royaume-Uni