Sommaire
- L’alerte de la vétérinaire
- Ce que sont les « races britanniques vulnérables »
- Qui sont ces chiens
- Pourquoi si « peu » de greyhounds — une précision
- Pourquoi les acheteurs choisissent des croisés
- La mode des races à museau court recule
- Pourquoi l’appauvrissement génétique est dangereux
- Ce que répond le Kennel Club
- Les races à découvrir
- Choisir une race adaptée à sa vie
- Si vous avez choisi une race rare
- Et ensuite ?
L’alerte de la vétérinaire
Le 19 octobre 2026, la vétérinaire britannique Charlotte Inness, fondatrice de la pharmacie vétérinaire indépendante en ligne VetMedi, a lancé un avertissement préoccupant : les vieilles races de chiens britanniques pourraient disparaître. Les acheteurs choisissent de plus en plus de petits chiens qui perdent peu de poils — avant tout des croisés à la mode comme le cockapoo —, tandis que des races traditionnelles riches de plusieurs siècles d’histoire n’ont presque plus de chiots.
Si les futurs propriétaires ne choisissent que ce qui est populaire sur internet, nous risquons de réduire le patrimoine génétique de façon irréversible.
Charlotte Inness, vétérinaire
Royal Kennel Club, VetCompass ; données 2025
Ce que sont les « races britanniques vulnérables »
Le Royal Kennel Club britannique tient une liste des races autochtones vulnérables, celles dont moins de 300 chiots sont enregistrés par an. Elle compte aujourd’hui près de 40 races. Le seuil de 300 n’a rien d’arbitraire : avec moins de chiots, les éleveurs ont de plus en plus de mal à former des couples sans accoupler des apparentés, et la race perd peu à peu sa diversité génétique. Le club a aussi un second niveau, les races « sous surveillance », un peu plus nombreuses, également suivies de près.
Parmi les exemples les plus inquiétants figure le chien de Saint-Hubert (bloodhound) : seulement 5 chiots enregistrés en 2025, soit 90 % de moins qu’il y a dix ans. Pour le greyhound, 10 chiots, 75 % de moins. Les enregistrements de bobtails, ou chiens de berger anglais ancestraux, ont été divisés par deux sur la même période.
Qui sont ces chiens
Le chien de Saint-Hubert est un grand chien courant au flair extraordinaire, descendant des chiens médiévaux de l’abbaye de Saint-Hubert. Utilisé pendant des siècles pour suivre les pistes, il participe encore aujourd’hui à la recherche de personnes. C’est un chien calme, affectueux mais têtu, qui a besoin de longues promenades et d’une éducation patiente.
Le greyhound est un lévrier anglais, l’un des chiens les plus rapides du monde. À la maison, il surprend par son calme : il dort beaucoup et n’exige pas une activité incessante, même s’il a besoin de pouvoir courir dans un lieu sûr.
Le bobtail, ou chien de berger anglais ancestral, est un grand chien de troupeau à poil long et hirsute. Son épaisse toison demande beaucoup d’entretien, ce qui explique en partie qu’il recule face à des chiens plus « pratiques ». Les bobtails ont été des vedettes de la publicité et de la télévision britanniques, et la demande était énorme : leur déclin actuel n’en est que plus frappant.
Pourquoi si « peu » de greyhounds — une précision
Les chiffres du Kennel Club ne portent que sur les chiots enregistrés auprès de lui, pas sur tous les chiens du pays. C’est particulièrement net pour le greyhound : les greyhounds de course au Royaume-Uni et en Irlande sont inscrits dans leurs propres registres de courses, et non au Kennel Club. Les 10 chiots sont donc des greyhounds de lignées d’exposition, pas toute la population. Beaucoup de greyhounds de course retraités cherchent d’ailleurs un foyer — et font d’excellents chiens de famille. Des associations spécialisées les replacent. À savoir : beaucoup de greyhounds ont un fort instinct de chasse et ne s’entendent pas tous avec les chats ; les bonnes associations évaluent donc les chiens à l’avance et choisissent la famille adaptée.
Pourquoi les acheteurs choisissent des croisés
Le cockapoo, croisement entre cocker spaniel et caniche, est devenu l’un des chiens les plus populaires du Royaume-Uni. D’après la base de données de cliniques VetCompass du Royal Veterinary College, on compte plus de cinq fois plus de cockapoos que l’ensemble des races britanniques vulnérables réunies. Les acheteurs sont séduits par sa petite taille, son caractère joyeux et sa réputation de chien qui perd peu ses poils.
Pour Charlotte Inness, beaucoup de familles qui ont adopté un chien pendant la pandémie manquent de temps, d’espace et d’énergie pour les longues promenades dont ont besoin les races de travail traditionnelles. C’est un choix compréhensible, mais il a son revers. Le cockapoo peut être un excellent chien ; la question n’est pas d’y renoncer, mais d’éviter que la mode prive d’avenir des races façonnées pendant des siècles pour un travail précis. Les croisés n’ont pas de standard unique, et leur santé dépend beaucoup du sérieux avec lequel les parents ont été choisis. Quant à la promesse d’un chien « hypoallergénique », c’est en grande partie un mythe : les allergènes ne sont pas seulement dans les poils, mais aussi dans la salive et les squames, si bien qu’aucun chien n’est totalement sans risque pour les personnes allergiques.
La mode des races à museau court recule
Il y a aussi de bonnes nouvelles. La mode des chiens au museau écrasé, qui souffrent souvent de troubles respiratoires, recule nettement. Les enregistrements de bouledogues français étaient en 2025 inférieurs de plus de 85 % au pic de 2021, où l’on en comptait plus de 54 000. Ceux de carlins ont baissé de 92 %, à 834 en 2025. Les vétérinaires dénoncent depuis des années les souffrances de ces chiens, et les acheteurs semblent les entendre. À cause de leur museau raccourci, ces chiens ont des narines et des voies respiratoires étroites : ils ronflent, se fatiguent vite, supportent mal la chaleur et manquent parfois d’air à l’effort. Beaucoup doivent être opérés pour mieux respirer.
Pourquoi l’appauvrissement génétique est dangereux
Quand une race compte peu de chiens, les éleveurs doivent accoupler des parents de plus en plus proches. Les maladies héréditaires deviennent alors plus fréquentes — problèmes articulaires, oculaires, cardiaques, immunitaires —, et les chiots naissent moins nombreux et plus fragiles. La diversité perdue est très difficile à retrouver : une lignée disparue ne revient pas. C’est ce que veut dire Charlotte Inness lorsqu’elle parle d’un appauvrissement « irréversible » du patrimoine génétique.
Pour limiter le risque, le Kennel Club fournit aux éleveurs des outils pour calculer le degré de parenté des futurs chiots, et les clubs de race établissent des programmes d’élevage et font parfois venir des chiens de l’étranger.
Ce que répond le Kennel Club
Le Royal Kennel Club partage l’inquiétude mais appelle à ne pas tirer de conclusions hâtives. Ses données ne concernent que les chiots enregistrés auprès de lui. Le club travaille avec les éleveurs et les clubs de race pour soutenir les races vulnérables et invite les futurs propriétaires à se demander honnêtement si une race convient à leur mode de vie.
Nous serions prudents avant de conclure à un lien de cause à effet direct. Faire connaître les races est important, mais les futurs propriétaires doivent aussi faire un choix éclairé.
Charlotte McNamara, directrice de l’accompagnement des propriétaires et du bien-être canin au Royal Kennel Club
Les races à découvrir
Charlotte Inness suggère de s’intéresser à des races britanniques rares, comme le dandie dinmont terrier, le bedlington terrier ou le colley à poil court.
Des races comme le dandie dinmont, le bedlington terrier ou le colley à poil court sont d’excellents chiens de famille, en bonne santé.
Charlotte Inness
Le dandie dinmont est un petit terrier écossais au corps allongé et à la houppe duveteuse, qui doit son nom à un personnage d’un roman de Walter Scott. Le bedlington terrier ressemble à un agneau, mais reste un terrier plein d’énergie. Le colley à poil court est un chien de berger intelligent, dont le pelage est plus facile à entretenir que celui du colley à poil long. Chaque race a toutefois ses propres risques héréditaires : le bedlington, par exemple, peut souffrir d’une maladie du foie liée à une accumulation de cuivre. Demandez donc à l’éleveur quels tests génétiques ont été réalisés sur les parents.
Choisir une race adaptée à sa vie
Avant de choisir un chien sur photo, répondez honnêtement à quelques questions :
- Combien de temps pouvez-vous consacrer aux promenades ? Les chiens courants et de berger ont besoin d’heures d’activité, certaines petites races moins.
- De combien d’espace disposez-vous ? Un grand chien dans un petit appartement, c’est une épreuve pour lui comme pour vous.
- Êtes-vous prêt à entretenir le pelage ? Un poil long doit être brossé et toiletté régulièrement.
- Y a-t-il des allergies dans la famille ? Passez du temps avec des chiens de la race choisie avant d’acheter.
- Quelle est l’espérance de vie de la race et quelles sont ses maladies ? Renseignez-vous auprès du vétérinaire et du club de race.
Rencontrez les races en vrai : expositions, clubs de race, éleveurs sérieux. Voyez les chiots avec leur mère et demandez les résultats des examens de santé des parents.
Si vous avez choisi une race rare
Un chiot de race rare ne s’achète pas « pour demain ». Les éleveurs sérieux ont une ou deux portées par an, et il faut souvent s’inscrire sur liste d’attente, parfois des mois à l’avance. Le mieux est de commencer par le club de race : il vous orientera vers des éleveurs fiables, vous parlera du caractère et de la santé de la race et des problèmes typiques.
Un bon éleveur pose lui-même des questions au futur propriétaire — sur son logement, sa famille, son temps pour les promenades — et peut refuser s’il estime que le chien ne conviendra pas. Il montre les chiots avec leur mère, fournit les résultats des examens de santé des parents, un contrat et des conseils d’alimentation et d’éducation, et reste joignable ensuite. Si quelqu’un vous propose un chiot de race rare dans l’urgence, sans poser de questions et avec livraison, méfiez-vous.
Et ensuite ?
L’avenir des races rares dépend des futurs propriétaires. Si une partie au moins des familles qui cherchent un chien envisagent des races anciennes adaptées à leur mode de vie, le chien de Saint-Hubert, le bobtail et le dandie dinmont auront leur chance. Pour les propriétaires eux-mêmes, la principale leçon de cette histoire est de choisir un chien non pas selon la mode, mais selon ce qu’on est capable de lui offrir.
Sources
- Vet Times, 19 octobre 2026
- Royal Kennel Club, 2025–2026
- VetCompass, Royal Veterinary College, 2026



