Sommaire
- Ce que propose le gouvernement
- Comment les porcs sont étourdis aujourd’hui
- Pourquoi la méthode est critiquée
- L’alternative : l’argon
- L’alternative : l’étourdissement électrique automatisé
- Ce que disent le comité et le ministre
- Qui est contre
- Qui est pour
- Et dans l’Union européenne ?
- Comment donner son avis
- Pas seulement l’abattage
- Et ensuite ?
Ce que propose le gouvernement
Le 26 octobre 2026, le ministère britannique de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales (Defra) a ouvert une consultation publique sur son projet d’abandonner progressivement l’étourdissement des porcs avant l’abattage au moyen de fortes concentrations de dioxyde de carbone (CO₂). Il propose de le remplacer par l’argon ou par des méthodes électriques automatisées, qui selon lui réduisent sensiblement la souffrance des animaux. Les contributions sont recueillies jusqu’au 21 décembre.
La proposition s’appuie sur une recommandation de l’Animal Welfare Committee, un comité d’experts indépendant qui conseille le Defra ainsi que les gouvernements d’Écosse, du pays de Galles et d’Irlande du Nord. Il y a près d’un an, ce comité avait recommandé d’interdire cette méthode d’étourdissement. La consultation elle-même est une étape classique au Royaume-Uni avant une modification des règles : le gouvernement publie une proposition, et toutes les parties intéressées — des abattoirs aux simples citoyens — peuvent s’exprimer avant la décision.
Defra, Vet Times ; 26 octobre 2026
Comment les porcs sont étourdis aujourd’hui
Au Royaume-Uni comme dans l’Union européenne, la loi impose d’étourdir les animaux avant l’abattage, afin qu’ils soient inconscients et ne ressentent pas la douleur. Un bon étourdissement doit être rapide, fiable et ne pas causer lui-même de souffrance. Pour les porcs, deux méthodes dominent : l’électricité et le gaz.
Dans de nombreux grands abattoirs, les porcs sont descendus par groupes, dans une nacelle, au fond d’une fosse remplie d’air à forte teneur en dioxyde de carbone — en général 80 % ou plus. Les animaux inhalent le gaz et perdent connaissance au bout d’un certain temps. La méthode est pratique pour les entreprises : elle permet de traiter beaucoup d’animaux, sans immobiliser les porcs un par un et en limitant les manipulations.
Pourquoi la méthode est critiquée
Le problème, c’est qu’une forte concentration de CO₂ est en elle-même désagréable et douloureuse. Inhalé, le gaz irrite les muqueuses du nez et des voies respiratoires, et l’organisme perçoit l’excès de dioxyde de carbone comme une asphyxie. Avant de perdre connaissance, les porcs, d’après les observations des scientifiques, cherchent leur air bouche ouverte, tentent de s’échapper et crient. Cette phase ne dure pas un instant, mais plusieurs dizaines de secondes. À titre de comparaison, avec un étourdissement électrique correctement réalisé, l’animal perd connaissance en une fraction de seconde.
Dans ses avis scientifiques sur le bien-être des porcs à l’abattage, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a elle aussi indiqué que les fortes concentrations de CO₂ provoquent douleur, peur et stress chez les animaux. Scientifiques et défenseurs des animaux réclament donc depuis longtemps une alternative. Il ne s’agit pas de la cruauté de tel ou tel opérateur : même lorsque les règles sont parfaitement respectées, le gaz à cette concentration est aversif pour l’animal. La question ne se règle donc pas par la formation du personnel, mais par le choix d’une autre méthode.
L’alternative : l’argon
L’argon est un gaz inerte présent en petite quantité dans l’air et qui n’irrite pas les voies respiratoires. Si un porc respire un mélange riche en argon et presque sans oxygène, il perd connaissance par manque d’oxygène, sans ressentir la sensation d’étouffement provoquée par le CO₂ : chez les mammifères, c’est précisément l’excès de dioxyde de carbone qui déclenche la sensation de « manquer d’air ». L’argon étant plus lourd que l’air, il peut être utilisé dans des fosses similaires. Ses inconvénients : un coût plus élevé, et une perte de conscience parfois plus lente, ce qui impose un réglage très précis des installations et du temps d’exposition. Les chercheurs étudient aussi d’autres gaz inertes, comme l’azote, y compris sous forme de mousse dense remplissant la chambre. Ces méthodes restent moins courantes, mais elles montrent que des alternatives au dioxyde de carbone existent ailleurs que sur le papier.
L’alternative : l’étourdissement électrique automatisé
Lors de l’étourdissement électrique, un courant traverse la tête du porc et provoque une perte de conscience immédiate. Le problème de l’étourdissement électrique manuel, c’est le facteur humain : si les électrodes sont mal placées ou le courant appliqué trop brièvement, l’animal peut rester conscient. Les systèmes automatisés immobilisent l’animal et positionnent eux-mêmes correctement les électrodes, ce qui réduit les erreurs. Mais ils exigent un système d’amenée des porcs un par un bien conçu, pour que les animaux ne s’agitent pas dans la file. Souvent, l’étourdissement de la tête est immédiatement suivi d’un passage de courant au niveau du cœur : l’animal ne reprend alors plus conscience. Cette méthode est utilisée depuis longtemps dans de nombreux abattoirs, y compris de petite taille : elle n’a rien de nouveau pour la filière.
Ce que disent le comité et le ministre
L’Animal Welfare Committee est l’ancien Farm Animal Welfare Committee, dont les compétences ont été élargies en 2019. Il fournit au gouvernement des avis scientifiques indépendants sur le bien-être des animaux d’élevage, de compagnie et des autres animaux détenus par l’humain. Sa présidente, Madeleine Campbell, juge les preuves en faveur des alternatives « convaincantes ».
Continuer à étourdir au dioxyde de carbone est éthiquement inacceptable.
Madeleine Campbell, présidente de l’Animal Welfare Committee
Le ministre de l’Agriculture, Stephen Morgan, a déclaré que ces propositions contribueraient à garantir un haut niveau de bien-être animal et à réduire les souffrances inutiles, et que le gouvernement entendait accompagner éleveurs et abattoirs pendant la transition. L’annonce ne précise ni la durée de la période de transition ni la forme du soutien : c’est l’un des sujets de la consultation.
Qui est contre
L’Association of Independent Meat Suppliers (AIMS) demande de suspendre la consultation jusqu’à la fin des négociations entre le Royaume-Uni et l’UE sur les règles sanitaires et phytosanitaires, le temps de savoir comment elles affecteront la législation sur le bien-être animal. Son directeur exécutif, Jason Aldiss, prévient : si les abattoirs britanniques doivent investir dans de nouveaux équipements pendant que les producteurs étrangers conservent leurs anciens systèmes, la viande importée bénéficiera d’un avantage de prix. Il craint qu’une partie de la production, des investissements et des emplois parte à l’étranger, et estime que le Defra doit expliquer comment l’éviter.
La référence aux négociations avec l’UE n’a rien d’anodin. En 2025, le Royaume-Uni et l’Union européenne ont convenu de négocier un accord sanitaire et phytosanitaire destiné à faciliter le commerce des produits d’origine animale. Un tel accord pourrait exiger que les règles britanniques dans ce domaine s’alignent sur les règles européennes. La filière viande veut donc connaître les futures règles communes avant d’investir dans de nouveaux équipements. L’association promet aussi de s’exprimer séparément sur d’autres questions de bien-être animal et de fonctionnement des entreprises.
Qui est pour
Le programme de certification du bien-être animal RSPCA Assured a salué un pas en avant réellement important. Son directeur général, Toby Baker, a demandé au Defra de préparer un plan clair pour aider éleveurs et abattoirs à adopter les nouvelles méthodes. RSPCA Assured est un programme de certification britannique lié à la Société royale de protection des animaux (RSPCA) : il contrôle élevages, transports et abattoirs selon ses propres normes de bien-être, et les produits qui en sont issus portent un logo spécifique sur l’emballage.
Et dans l’Union européenne ?
Dans l’UE, l’étourdissement des porcs à fortes concentrations de CO₂ reste autorisé par le règlement commun sur la protection des animaux au moment de leur mise à mort. Mais les avis scientifiques de l’EFSA et les revendications des associations ont fait de ce sujet un élément du vaste débat sur la révision des règles européennes de bien-être animal. En France aussi, l’étourdissement des porcs au CO₂ est largement répandu et fait l’objet de critiques depuis des années. Si le Royaume-Uni l’interdit, il sera l’un des premiers pays à renoncer à cette méthode, et son expérience sera suivie de près en Europe. D’où l’inquiétude des transformateurs britanniques : tant que les pays voisins ne changent pas leurs règles, la transition ne coûte plus cher qu’aux entreprises britanniques.
Comment donner son avis
La consultation publique du Defra est ouverte à tous : éleveurs, abattoirs, vétérinaires, organisations et particuliers. Les contributions peuvent être déposées sur le site du gouvernement britannique jusqu’au 21 décembre. Le ministère les examinera avant de décider. Pour que votre contribution soit utile, lisez la proposition elle-même, répondez aux questions de façon précise et, si possible, appuyez-vous sur des faits ou votre propre expérience — par exemple si vous travaillez dans la filière ou comme vétérinaire. Les consommateurs attentifs au bien-être animal peuvent dès à présent regarder l’étiquetage de la viande de porc : des certifications comme RSPCA Assured contrôlent les conditions d’élevage et d’abattage.
Pas seulement l’abattage
L’étourdissement ne concerne que les dernières minutes de la vie d’un porc. Tout aussi importantes pour son bien-être sont ses conditions de vie à la ferme : l’espace dont il dispose, la présence de litière et de matériaux à fouiller et à mâchonner, la durée du transport vers l’abattoir et la façon dont il est manipulé au chargement et dans les parcs d’attente. Les défenseurs des animaux rappellent qu’une manipulation calme et un transport court facilitent aussi l’étourdissement : les animaux non stressés franchissent plus facilement chaque étape.
Et ensuite ?
Après le 21 décembre, le Defra analysera les contributions et décidera s’il instaure une interdiction et selon quel calendrier. Si c’est le cas, les abattoirs bénéficieront probablement d’une période de transition pour remplacer leurs équipements. Les plus concernés seraient les grands établissements équipés d’installations au gaz : ils devraient soit les convertir à l’argon, soit passer à des lignes électriques automatisées. Pour les porcs, ce pourrait être l’un des changements les plus importants des règles d’abattage depuis des décennies ; pour la filière, une épreuve sérieuse dont le coût reste à négocier.
Sources
- Vet Times, sur la consultation du Defra, 26 octobre 2026
- Defra, consultation publique, 26 octobre 2026
- Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), avis scientifique sur le bien-être des porcs



