Maladies

L'ulcère de Buruli, dit « mangeur de chair », progresse en Australie : un record de 426 cas au Victoria et de nouveaux foyers en Nouvelle-Galles du Sud, entre moustiques et possums

Le 31 octobre, la chaîne australienne ABC a évoqué la hausse des cas d'ulcère de Buruli, une infection où la bactérie Mycobacterium ulcerans détruit la peau et les tissus sous-cutanés. Le Victoria est présenté comme le centre mondial de la maladie, avec un record de 426 cas confirmés en un an, et des cas sont désormais apparus sur la côte sud de la Nouvelle-Galles du Sud. La bactérie est transmise par les moustiques, et les possums servent de réservoir. Voici ce que l'on sait, le risque pour les animaux et le rôle des vétérinaires.

10 min de lecture
Moustique sur une peau humaine
Photo: Freepik
Sommaire
  1. Ce qui se passe
  2. Comment la maladie évolue
  3. Où se trouve la maladie
  4. Moustiques et possums
  5. Les crottes de possums, un système d'alerte
  6. Comment distinguer l'ulcère de Buruli d'une plaie ordinaire
  7. Comment on soigne les humains
  8. Comment se protéger
  9. Comment réduire les moustiques au jardin
  10. Ne touchez pas aux possums
  11. L'ulcère de Buruli chez les animaux
  12. Comment on soigne les animaux
  13. Que faire dans les zones touchées si vous avez un animal
  14. Une seule santé : humains, animaux et environnement
  15. Pourquoi la maladie se propage
  16. La maladie dans le monde
  17. Ce que cela signifie pour l'Europe
  18. Quand consulter un vétérinaire

Ce qui se passe

Le 31 octobre 2026, la chaîne australienne ABC a indiqué que les cas d'ulcère de Buruli se multiplient dans le sud-est de l'Australie. Cette infection est causée par la bactérie Mycobacterium ulcerans, qui détruit peu à peu la peau, la graisse sous-cutanée et les muscles. D'où son surnom de « mangeuse de chair » dans la presse.

L'État du Victoria est aujourd'hui considéré comme le centre mondial de la maladie : un record de 426 cas y a été confirmé l'an dernier. Récemment, des cas sont aussi apparus dans une nouvelle zone, sur la côte sud de la Nouvelle-Galles du Sud, près de la ville de Batemans Bay.

Les chiffres clésL'ulcère de Buruli en Australie
426cas confirmés en un anrecord pour le Victoria
5-6 moisde la contamination aux symptômessouvent sans que l'on s'en aperçoive
6-8 semainesdurée du traitement antibiotiqueenviron 20 % ne peuvent pas le finir
10 jourstraitement par un nouvel antibiotiqueen essai clinique

ABC, Daniel O'Brien ; 31 octobre 2026

Comment la maladie évolue

Tout commence par un petit nodule indolore sous la peau. En dessous, les bactéries détruisent peu à peu la graisse et les muscles. La peau meurt ensuite, noircit et devient un ulcère ouvert qui grandit sans traitement. La bactérie produit une substance qui insensibilise la zone touchée, détruit les tissus et affaiblit l'immunité : c'est pourquoi on ne s'aperçoit longtemps de rien.

Souvent, c'est là depuis un moment avant que les gens sachent qu'ils en sont atteints.

Daniel O'Brien, infectiologue à Barwon Health (Geelong) et au Royal Melbourne Hospital

Selon le médecin, la maladie passe du nodule à l'ulcère dans 90 % des cas et, dans moins de 1 %, la bactérie atteint l'os. Les symptômes ne sont généralement remarqués que cinq à six mois après la contamination.

Où se trouve la maladie

Au Victoria, l'ulcère de Buruli est présent en permanence sur les péninsules de Mornington et de Bellarine, à Geelong et dans certaines banlieues de Melbourne. Il existe aussi des foyers sur la côte du Queensland, où on l'appelle parfois ulcère de Daintree, et autour de Darwin. La nouvelle zone est la côte sud de la Nouvelle-Galles du Sud. On peut aussi être contaminé en vacances, et l'ulcère apparaît quelques mois plus tard à la maison, là où les médecins peuvent ne pas connaître la maladie.

Moustiques et possums

La bactérie est transmise à l'humain par les piqûres de moustiques : les ulcères apparaissent donc souvent sur les parties découvertes du corps, les bras et les jambes. L'un des vecteurs serait un moustique de jardin commun, Aedes notoscriptus.

Les possums, des marsupiaux qui vivent dans les villes et les jardins australiens, jouent un rôle important dans la propagation. Les possums à queue en brosse et à queue annelée tombent eux-mêmes malades, avec des ulcères sur les pattes, le museau et la queue. Dans leurs crottes, ils éliminent des bactéries dans le sol, d'où elles peuvent pénétrer dans les coupures de la peau.

Les crottes de possums, un système d'alerte

Une étude de 2025 a montré que l'analyse des crottes de possums aide à prévoir où l'ulcère de Buruli apparaîtra ensuite. Les cas humains surviennent généralement dans les trois ans suivant le premier résultat positif. Cela laisse aux services de santé le temps de prévenir les habitants et les médecins.

Une autre étude récente a montré que la réduction du nombre de moustiques dans les zones touchées a aussi réduit les cas humains.

Comment distinguer l'ulcère de Buruli d'une plaie ordinaire

L'ulcère de Buruli se confond facilement avec une piqûre d'insecte ou d'araignée, une infection cutanée ordinaire ou une coupure qui ne guérit pas. Plusieurs signes doivent alerter : le nodule ou l'ulcère fait à peine mal, grandit lentement pendant des semaines, et ses bords sont décollés, la peau surplombant les tissus détruits. Les traitements antibiotiques courts habituels n'aident pas. Si un tel ulcère apparaît chez une personne qui vit dans une zone touchée ou y a séjourné, le médecin doit penser à l'ulcère de Buruli et le rechercher directement.

Comment on soigne les humains

Le diagnostic repose sur un prélèvement de l'ulcère, où l'on recherche par PCR le matériel génétique de la bactérie. Le traitement est une cure d'antibiotiques de six à huit semaines. Les médicaments interagissent avec d'autres traitements et ont des effets indésirables : environ 20 % des patients ne peuvent donc pas terminer la cure. L'équipe de Daniel O'Brien teste un nouvel antibiotique pris pendant dix jours seulement et plus doux pour l'organisme. Si les dégâts sont trop importants ou si la plaie ne guérit pas, il faut opérer, et la guérison complète peut prendre des mois, voire un an.

Comment se protéger

Daniel O'Brien conseille de :

  1. Couvrir le corps avec des vêtements dans les zones où la maladie est présente.
  2. Utiliser un répulsif sur la peau découverte.
  3. Couvrir les plaies en travaillant la terre, et laver aussitôt les coupures à l'eau et au savon avant d'appliquer un antiseptique.
  4. Ne pas toucher les possums malades ou blessés.
  5. Supprimer l'eau stagnante dans le jardin et poser des pièges à moustiques.

Si vous vous protégez de l'environnement, vous réduisez vraiment votre risque de contamination au minimum.

Daniel O'Brien, infectiologue

Comment réduire les moustiques au jardin

Les moustiques se reproduisent dans toute eau stagnante, même dans un bouchon de bouteille. Une fois par semaine, retournez et videz seaux, pots et soucoupes, changez l'eau des abreuvoirs à oiseaux et des gamelles, nettoyez les gouttières. Mieux vaut poser des moustiquaires aux fenêtres et aux portes. Cela protège non seulement de l'ulcère de Buruli, mais aussi d'autres maladies transmises par les moustiques, y compris celles dangereuses pour les chiens et les chevaux.

Ne touchez pas aux possums

Les recherches montrent que tous les possums des zones touchées ne portent pas la bactérie. En Australie, il est interdit de les capturer, de les déplacer ou de les tuer sans licence. Des scientifiques développent un vaccin comestible pour possums qui pourrait à l'avenir réduire les infections chez les animaux et peut-être chez l'humain.

L'ulcère de Buruli chez les animaux

Dans les zones touchées d'Australie, les vétérinaires connaissent l'ulcère de Buruli pas seulement chez les possums. La maladie a été décrite chez des chiens, des chats, des chevaux, des koalas et des alpagas. Chez l'animal, elle ressemble à celle de l'humain : d'abord un nodule ou un gonflement, puis un ulcère aux bords décollés qui ne guérit pas. Les zones les plus touchées sont le museau, les oreilles, les pattes et la queue, peu protégés par le poil et accessibles aux moustiques.

Comment on soigne les animaux

Le traitement ressemble à celui des humains : longue cure d'antibiotiques, soin de la plaie, parfois ablation chirurgicale des tissus touchés. Le diagnostic se confirme de la même façon, par PCR sur un prélèvement ou un fragment de tissu. Plus le traitement commence tôt, plus les dégâts sont limités et plus la guérison est rapide. Toute plaie qui ne guérit pas chez un chien ou un chat en zone touchée est donc une raison de parler d'ulcère de Buruli à votre vétérinaire.

Que faire dans les zones touchées si vous avez un animal

  • Examinez votre animal, surtout le museau, les oreilles, les pattes et la queue.
  • Protégez-le des moustiques et gardez-le à l'intérieur au crépuscule et la nuit.
  • Évitez tout contact avec les possums et leurs crottes.
  • Supprimez l'eau stagnante au jardin, où se reproduisent les moustiques.
  • Montrez à votre vétérinaire toute plaie qui ne guérit pas en deux semaines.

Une seule santé : humains, animaux et environnement

L'ulcère de Buruli illustre bien ce que les spécialistes appellent l'approche « Une seule santé » : la maladie humaine ne se comprend pas sans les animaux et l'environnement. Surveiller les possums aide à prévenir les humains, lutter contre les moustiques protège tout le monde à la fois, et les vétérinaires qui repèrent la maladie chez les chiens et les chats peuvent être les premiers à voir que l'infection atteint une nouvelle zone.

Pourquoi la maladie se propage

Les scientifiques ne comprennent pas tout à fait pourquoi l'ulcère de Buruli gagne de nouvelles zones. On sait que les possums, qui s'adaptent bien aux banlieues proches de l'humain, et les moustiques, qui transportent la bactérie de l'animal à l'humain, jouent un rôle important. Les nouveaux quartiers construits sur des espaces naturels rapprochent humains, animaux et insectes. Le suivi des crottes de possums et du nombre de moustiques aide à voir à l'avance où va l'infection.

La maladie dans le monde

La plupart des cas mondiaux d'ulcère de Buruli sont enregistrés en Afrique de l'Ouest et du Centre, où il touche surtout des enfants en zone rurale. L'Organisation mondiale de la santé le classe parmi les maladies tropicales négligées. L'Australie se distingue parce que la maladie s'y propage dans des banlieues aisées et des zones touristiques, ce qui permet aux scientifiques de bien l'étudier.

Ce que cela signifie pour l'Europe

L'ulcère de Buruli n'est pas présent en Europe, mais des voyageurs de retour d'Australie ou d'Afrique peuvent le ramener, et les médecins doivent alors y penser devant un ulcère qui ne guérit pas après un voyage. Si vous avez un aquarium, sachez qu'il existe une bactérie apparentée, Mycobacterium marinum : elle vit dans les aquariums et peut provoquer chez l'humain un « granulome des aquariums », des nodules et des ulcères sur les mains après un contact de l'eau avec des coupures. Mieux vaut porter des gants pour l'entretien, surtout si vous avez des plaies aux mains.

Quand consulter un vétérinaire

Si votre chien, votre chat ou votre cheval présente un gonflement indolore qui se transforme en ulcère, ou si une plaie ne guérit pas en deux semaines, montrez-le à un vétérinaire. Signalez-lui si vous avez récemment séjourné en Australie ou en Afrique avec lui. Il fera un prélèvement et choisira un traitement, et vous orientera si besoin vers un spécialiste.

Sources

  1. ABC News (Australie), 31 octobre 2026
Thème: MaladiesAnimaux: Chiens Chats Chevaux NACPays: Australie