Sommaire
- Ce qui s’est passé
- Pourquoi la rage du raton laveur est revenue
- Comment la rage se transmet
- Comment reconnaître la rage chez un animal
- La rage est évitable
- Ce que fait le Québec
- Les conseils aux propriétaires
- Pourquoi les chats sont particulièrement vulnérables
- Ce qu’il faut savoir sur le vaccin
- Ce que cela signifie pour l’Europe
- Que faire si un animal sauvage a mordu votre animal
- Et ensuite
Ce qui s’est passé
Le 22 octobre 2026, la province canadienne du Québec a signalé le troisième chat de l’année infecté par la rage du raton laveur. Le cas a été détecté le 25 septembre à Saint-Denis-sur-Richelieu, en Montérégie, au sud-est de Montréal. Selon la province, la propriétaire du chat et un vétérinaire ont été en contact avec l’animal malade et ont reçu un traitement préventif. Les deux premiers cas chez des chats avaient été repérés pendant l’été, également en Montérégie. Chaque cas de ce type exige une enquête : les services vétérinaires et sanitaires déterminent avec qui le chat a été en contact et qui doit recevoir une prophylaxie.
Gouvernement du Québec, La Presse canadienne ; 22 octobre 2026
Pourquoi la rage du raton laveur est revenue
La rage du raton laveur est un variant particulier du virus, qui se transmet surtout entre ratons laveurs. En Amérique du Nord, elle est répandue depuis longtemps dans l’est des États-Unis. Au Québec, elle a longtemps été maîtrisée, mais la maladie est revenue en 2024 : un cas a alors été trouvé. En 2025, il y en avait déjà 93, et 313 à la fin octobre 2026. L’Agence canadienne d’inspection des aliments note que le nombre de cas chez les animaux varie d’une année à l’autre, mais que les données préliminaires indiquent une hausse de l’activité de la rage chez les ratons laveurs.
Les ratons laveurs s’accommodent très bien de la proximité humaine : ils vivent en banlieue, fouillent les poubelles, se glissent sous les vérandas et dans les cabanons. Une maladie qui circule parmi eux se retrouve donc facilement près des chats et des chiens. Il existe en Amérique du Nord plusieurs « variants » de la rage, chacun se maintenant surtout chez une espèce — ratons laveurs, mouffettes, renards et différentes espèces de chauves-souris. Mais chacun d’eux peut infecter n’importe quel mammifère, y compris le chat, le chien et l’homme.
Comment la rage se transmet
Le virus de la rage se trouve dans la salive de l’animal malade et se transmet surtout par morsure, plus rarement lorsque la salive entre en contact avec une griffure récente ou les muqueuses. Selon un spécialiste des maladies infectieuses, tous les mammifères sont réceptifs. Les chats qui sortent, chassent et se battent sont parmi les « intermédiaires » les plus fréquents entre la faune sauvage et l’homme. En Amérique du Nord, la plupart des infections humaines de ces dernières décennies sont liées aux chauves-souris : leurs morsures peuvent être si petites qu’on ne les remarque pas.
Le virus progresse lentement le long des nerfs jusqu’au cerveau : entre l’infection et les premiers signes, il peut s’écouler de quelques semaines à plusieurs mois. Mais une fois les signes apparus, la maladie est presque toujours mortelle — pour les animaux comme pour l’homme.
Comment reconnaître la rage chez un animal
Les signes de la rage sont variés et faciles à confondre avec d’autres maladies :
- un brusque changement de caractère : un animal affectueux devient agressif ou, au contraire, un animal sauvage devient anormalement hardi et calme ;
- de l’agitation, des morsures sans raison, des tentatives de mordre des objets ;
- une salivation abondante, des difficultés à avaler, une voix modifiée ;
- une démarche titubante, des paralysies, surtout des pattes arrière et de la mâchoire inférieure ;
- des convulsions.
Si un animal sauvage a un comportement étrange — il rôde près des maisons en plein jour, n’a pas peur des humains, titube —, ne vous en approchez pas et ne laissez pas vos animaux s’en approcher. Signalez-le aux services vétérinaires ou de la faune de votre région.
La rage est évitable
La particularité de la rage, c’est qu’avec un traitement à temps, la maladie est évitable presque à 100 %.
Michael Libman, professeur au service des maladies infectieuses de l’Université McGill
Il s’agit de la prophylaxie post-exposition — une série de vaccins, parfois accompagnée d’anticorps prêts à l’emploi, administrée juste après une morsure ou un contact avec la salive d’un animal suspect. C’est ce qu’ont reçu la propriétaire du chat et le vétérinaire au Québec. Michael Libman souligne que les enfants sont surreprésentés parmi les personnes qui ont eu besoin de ce traitement : ils vont plus volontiers vers les animaux et parlent moins souvent de leurs griffures et morsures.
Ce que fait le Québec
La province combat la maladie de plusieurs façons. À la demande du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal organise des cliniques de vaccination mobiles dans plusieurs régions : faire vacciner un chat ou un chien y coûte 15 dollars, et les cliniques fonctionnent jusqu’à fin novembre. Les années précédentes, la province a aussi distribué des appâts vaccinaux pour la faune sauvage et mené des opérations « capture-vaccination-relâche » chez les ratons laveurs. Les appâts sont de petits blocs contenant le vaccin, déposés dans les bois et en banlieue. Les ratons laveurs et d’autres animaux les mangent et se trouvent ainsi vaccinés. C’est ainsi que la rage du renard a été vaincue autrefois en Europe, et la même méthode aide à contenir la rage du raton laveur en Amérique du Nord.
Selon Michael Libman, la plupart des Québécois font vacciner leurs chats contre la rage, mais il craint que la vigilance ne s’émousse.
Les conseils aux propriétaires
Les autorités québécoises conseillent :
- de faire vacciner les animaux contre la rage et de faire les rappels à temps ;
- de ne pas laisser chats et chiens sortir sans surveillance ;
- de montrer au vétérinaire toute plaie d’origine inconnue, même si la vaccination de l’animal est à jour ;
- de consulter immédiatement un médecin si vous avez été mordu par un animal qui n’est peut-être pas vacciné.
Autre règle simple : ne pas nourrir les ratons laveurs et autres animaux sauvages et ne pas laisser de nourriture pour animaux dehors — cela attire les animaux près des maisons et multiplie les rencontres à risque.
Pourquoi les chats sont particulièrement vulnérables
Beaucoup de chats ne sont pas vaccinés parce qu’ils « vivent à l’intérieur ». Mais les chats d’intérieur s’échappent parfois par la porte, sortent sur le balcon ou au jardin et chassent de petits animaux. Et une rencontre avec un raton laveur ou une chauve-souris malade peut se terminer par une morsure que le maître ne remarque même pas. Les vétérinaires le soulignent : les chats qui ne sortent presque jamais ont aussi besoin du vaccin, surtout là où la maladie est répandue dans la faune sauvage.
Ce qu’il faut savoir sur le vaccin
Chiens, chats et furets peuvent être vaccinés contre la rage à partir d’environ trois mois. Pour voyager dans l’UE, la primovaccination ne « compte » que 21 jours après l’injection : il faut donc l’anticiper. Le rappel doit être fait dans le délai prévu pour le vaccin utilisé — en général chaque année ou tous les trois ans ; le vétérinaire inscrit la date dans le passeport de l’animal. Si le délai est dépassé, il faut parfois tout recommencer et, pour voyager, attendre à nouveau.
Les vaccins modernes sont bien tolérés. Il peut arriver, le premier jour, une légère fatigue, un peu de fièvre ou un gonflement au point d’injection ; les réactions graves sont rares. Si votre animal a déjà mal réagi à un vaccin, prévenez le vétérinaire.
Ce que cela signifie pour l’Europe
La majeure partie de l’Europe de l’Ouest et centrale est aujourd’hui indemne de rage chez les animaux sauvages terrestres. C’est le fruit d’un long travail : depuis les années 1980, les pays européens ont largué par avion et déposé à la main des appâts vaccinaux pour les renards — principaux vecteurs de la rage en Europe — et ont ainsi libéré pas à pas d’immenses territoires de la maladie. Mais dans l’est de l’Europe et dans les pays voisins, des cas de rage sont encore enregistrés chez des renards, des chiens et des chats. Il arrive aussi que la rage « voyage » jusque dans des pays indemnes — avec des chiens et des chats introduits illégalement depuis des régions où la maladie est présente. Chaque cas exige une longue enquête et un traitement préventif pour toutes les personnes en contact avec l’animal.
En outre, on trouve en Europe des virus apparentés à la rage chez les chauves-souris. Les infections humaines sont très rares, mais il ne faut jamais toucher une chauve-souris à mains nues, et si votre animal en a attrapé une, il vaut mieux consulter le vétérinaire.
C’est pourquoi, dans l’UE, la vaccination antirabique est obligatoire pour les chiens, les chats et les furets qui voyagent entre pays : l’animal doit avoir une puce électronique, un passeport européen et un vaccin valide. Si vous partez avec votre animal hors de l’UE, par exemple au Canada, renseignez-vous à l’avance sur les règles d’entrée et de retour — certains pays exigent en plus un titrage des anticorps.
Que faire si un animal sauvage a mordu votre animal
Ne touchez pas la plaie à mains nues, lavez-la à l’eau et au savon et appelez immédiatement le vétérinaire. Dites-lui de quel animal il s’agissait et où cela s’est produit. Le vétérinaire décidera si un rappel de vaccin et une surveillance sont nécessaires. Si c’est vous qui avez été mordu, consultez un médecin le jour même. Si l’animal qui a mordu le vôtre est mort, ne jetez pas le cadavre et ne le touchez pas à mains nues — les services vétérinaires peuvent le faire analyser.
Et ensuite
Le Québec continue de vacciner les animaux de compagnie et de suivre la propagation de la rage chez les ratons laveurs. La période d’activité des ratons laveurs prend fin avec le froid, mais le virus ne disparaît pas. Pour les propriétaires d’animaux de tous les pays, la leçon québécoise est simple : la vaccination antirabique est l’une des protections les plus fiables et les moins chères, et la négliger parce que la maladie semble lointaine est dangereux. Vérifiez dès aujourd’hui le passeport de votre chien ou de votre chat : si le vaccin arrive à échéance, prenez rendez-vous chez le vétérinaire à temps.
Sources
- La Presse canadienne, d’après le gouvernement du Québec (CP24), 22 octobre 2026
- Gouvernement du Québec, sur le premier cas chez un chat, juillet 2026



