Sommaire
- Ce que la Corée a décidé
- L’interdiction de détenir des animaux
- Les animaux pendant la procédure
- Ce qui constitue un manquement aux soins
- Abandonné à la clinique, c’est abandonné aussi
- Éleveurs et « faux refuges »
- Chiens dangereux et morsures
- Pourquoi c’est important pour la Corée
- Pourquoi la maltraitance est difficile à prouver
- Ce que cela signifie pour l’Europe
- Que faire si vous êtes témoin de maltraitance
- Et ensuite
Ce que la Corée a décidé
Le 26 octobre 2026, le ministère sud-coréen de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales a annoncé des amendements à la loi sur la protection des animaux. Ils entreront en vigueur en octobre 2027. Le changement le plus marquant : les tribunaux pourront interdire aux personnes condamnées pour maltraitance grave envers les animaux d’en détenir pendant cinq ans au plus. Les amendements portent aussi sur la saisie des animaux, les règles de soins, les licences des éleveurs et les animaleries qui se font passer pour des refuges.
Les amendements répondent à des demandes anciennes des associations de protection animale.
Lee Yong-jik, directeur de la politique du bien-être animal au ministère
Selon Lee Yong-jik, les consultations avec des experts et d’autres ministères ont permis de préparer la loi plus tôt que prévu. L’année qui précède l’entrée en vigueur servira à rédiger les textes d’application et à laisser aux propriétaires, aux éleveurs et aux collectivités le temps de se préparer.
Ministère coréen de l’Agriculture, The Korea Times ; 26 octobre 2026
L’interdiction de détenir des animaux
Un tribunal pourra interdire à une personne condamnée pour maltraitance grave de détenir des animaux pendant cinq ans au plus. Ces personnes verront aussi limitée la possibilité de récupérer des animaux auprès des collectivités — par exemple dans les refuges municipaux. Cela ferme une brèche qui permettait à quelqu’un sanctionné pour maltraitance de simplement prendre un nouvel animal. Dans de nombreux pays, les défenseurs des animaux affirment que les récidives sont les cas les plus graves : une personne qui a déjà maltraité un animal recommence souvent. Les études montrent aussi un lien entre la maltraitance animale et la violence envers les personnes, et ces affaires sont donc prises de plus en plus au sérieux.
Les animaux pendant la procédure
Les animaux dont les propriétaires sont poursuivis pour maltraitance pourront rester sous la protection des autorités jusqu’à la décision définitive. Pour l’animal, cela peut être un sauvetage : les procès durent parfois des mois. Auparavant, l’animal devait parfois être rendu à son propriétaire pendant la procédure. Les collectivités pourront aussi prendre en charge les animaux laissés sans surveillance après une catastrophe naturelle, ou lorsque le propriétaire est décédé ou a disparu.
Ce qui constitue un manquement aux soins
Les amendements instaurent des amendes pouvant atteindre 1 million de wons, soit environ 760 dollars, pour manquement aux exigences de base en matière de soins. Parmi les exemples :
- garder un chien attaché à une longe de moins de deux mètres ;
- ne pas lui offrir d’abri contre la forte chaleur et le froid.
C’est particulièrement important en Corée, où, dans de nombreuses zones rurales, les chiens sont traditionnellement gardés à la chaîne courte dans la cour. Ces règles font passer la notion de « mauvais traitement » du domaine de la morale à celui de la loi, dont la violation peut valoir une amende. Dans de nombreux pays européens, l’attache permanente des chiens est aussi interdite ou strictement encadrée : un chien doit pouvoir se dépenser, s’abriter et avoir de la compagnie.
Abandonné à la clinique, c’est abandonné aussi
Si un propriétaire ne vient pas reprendre son animal à la pension ou à la clinique vétérinaire, cela sera considéré comme un abandon. Vétérinaires et responsables de pensions de nombreux pays connaissent ce problème : le propriétaire confie l’animal pour un soin ou le temps des vacances et ne revient pas, et la clinique doit le nourrir, le soigner et lui trouver un foyer à ses frais. La nouvelle règle permettra de sanctionner ce comportement. Pour les propriétaires, c’est un rappel simple : si vous ne pouvez pas récupérer votre animal pour un temps — maladie, déménagement, difficultés financières —, dites-le franchement à la clinique ou à la pension et cherchez ensemble une solution. De nombreux refuges et associations aident à replacer un animal si son propriétaire ne peut plus s’en occuper.
Éleveurs et « faux refuges »
Les éleveurs devront renouveler leur licence tous les cinq ans, et ce renouvellement dépendra d’un contrôle de leurs locaux et de leur personnel. Par ailleurs, les animaleries qui se font passer pour des refuges ne pourront plus utiliser de noms ni de publicités laissant croire qu’il s’agit d’un refuge pour animaux. Sous l’étiquette de « refuge », ces commerces vendent parfois des animaux contre de l’argent alors que les acheteurs pensent les sauver. Le contrôle des éleveurs tous les cinq ans doit écarter les « usines » à chiots et chatons, où les animaux sont entassés et reproduits sans repos ni suivi vétérinaire. L’Europe connaît aussi ces problèmes — des élevages clandestins au trafic illégal de chiots sur internet.
Chiens dangereux et morsures
Les amendements concernent aussi les chiens que la loi classe comme dangereux. Les chiens âgés ou malades de cette catégorie pourront être dispensés de la stérilisation et de l’évaluation comportementale obligatoires, mais ils seront soumis à des restrictions de reproduction et de sortie d’un périmètre défini. Les infractions seront punies d’amendes pouvant atteindre 5 millions de wons. Les collectivités pourront aussi inscrire les morsures dans le dossier d’enregistrement des chiens. Cela permettra de savoir quels chiens ont déjà mordu des personnes ou d’autres animaux et de réagir à temps — par exemple en exigeant un dressage ou des conditions de détention particulières.
Pourquoi c’est important pour la Corée
Le regard porté sur les animaux en Corée du Sud a nettement changé ces dernières années. De plus en plus de familles ont des chiens et des chats, le marché des soins vétérinaires et de l’assurance animale progresse, et les défenseurs des animaux obtiennent des lois plus strictes. L’une des décisions les plus marquantes de ces dernières années est la loi interdisant l’élevage et l’abattage de chiens pour leur viande, qui entrera pleinement en vigueur en février 2027. Les amendements actuels prolongent cette ligne : de l’interdiction des pratiques les plus cruelles à des exigences sur les soins au quotidien. Vétérinaires et défenseurs des animaux coréens notent que l’image même du chien évolue : de « gardien de la cour », il devient de plus en plus un membre de la famille qui vit à la maison.
Pourquoi la maltraitance est difficile à prouver
La maltraitance, ce ne sont pas seulement les coups. Bien plus souvent, les animaux souffrent d’indifférence : ils ne sont ni nourris ni soignés, vivent dans la saleté, au froid ou à la chaleur, attachés à une chaîne trop courte. Cette maltraitance « silencieuse » est difficile à prouver : l’animal n’a pas de voix, et le propriétaire peut toujours dire que « ça a toujours été comme ça ». Les lois qui décrivent explicitement les exigences minimales de soins — longueur de l’attache, abri — aident donc les défenseurs des animaux et les inspecteurs.
Les vétérinaires jouent un rôle important. Ce sont eux qui voient les premiers les traces de blessures, la maigreur, les maladies négligées. Dans de nombreux pays, les vétérinaires ont le droit, et parfois l’obligation explicite, de signaler une suspicion de maltraitance, et leurs constatations deviennent souvent la principale preuve au tribunal.
Ce que cela signifie pour l’Europe
Pour les propriétaires européens, une bonne partie des nouveautés coréennes est familière : des règles semblables existent déjà ici. Par exemple :
- en Allemagne, un tribunal ou l’autorité vétérinaire peut interdire à une personne de détenir des animaux si elle les a maltraités ou ne leur a pas assuré de conditions convenables ;
- au Royaume-Uni, les tribunaux peuvent interdire de détenir des animaux aux personnes condamnées pour maltraitance — pour une durée déterminée ou à vie ;
- en Suède, l’interdiction de détenir des animaux est prononcée par l’administration régionale lorsqu’une personne a gravement enfreint la loi sur la protection des animaux ;
- en France, le tribunal peut prononcer l’interdiction de détenir un animal à titre de peine complémentaire.
Les exigences envers les éleveurs vont aussi bientôt se renforcer au niveau de l’Union européenne : en 2026, l’UE a adopté son premier règlement commun sur le bien-être et la traçabilité des chiens et des chats. Il vise explicitement à la fois le commerce illégal d’animaux et la vente de chiots et de chatons présentée comme un « sauvetage ». Il instaure des exigences communes pour les éleveurs, les vendeurs, les refuges et les plateformes en ligne, ainsi que l’identification obligatoire des animaux — avec des délais de transition de plusieurs années.
Que faire si vous êtes témoin de maltraitance
Dans tous les pays, une règle s’applique : mieux vaut signaler la maltraitance d’un animal que se taire.
- Notez ce que vous avez vu : date, heure, adresse, état de l’animal ; si c’est sans danger, prenez une photo ou une vidéo.
- Signalez-le aux services vétérinaires ou à une association de protection animale de votre ville ou de votre région, et à la police en cas de danger immédiat.
- N’intervenez pas par la force et n’emmenez pas l’animal de votre propre chef : cela peut être dangereux pour vous comme pour l’affaire.
- Si un animal est abandonné dans un appartement ou une cour, parlez-en aux voisins et au syndic — ils savent souvent comment joindre le propriétaire.
Si vous êtes vétérinaire ou travaillez avec des animaux, renseignez-vous sur la procédure de signalement d’une suspicion de maltraitance dans votre pays : il existe souvent des formulaires dédiés ou des numéros d’appel des services vétérinaires.
Et ensuite
D’ici l’entrée en vigueur des amendements, le ministère préparera les textes d’application et les modalités des nouvelles règles. Les défenseurs des animaux en Corée espèrent que les tribunaux utiliseront activement la nouvelle interdiction. Et pour les propriétaires d’animaux du monde entier, cette histoire rappelle une chose simple : s’occuper d’un animal, ce n’est pas seulement de l’amour, c’est aussi une responsabilité de plus en plus inscrite dans la loi. Plus la loi décrit clairement ce que sont des soins convenables, plus il est facile de protéger les animaux qui n’ont pas de maîtres attentionnés.
Sources
- The Korea Times, sur les amendements du ministère coréen de l’Agriculture, 26 octobre 2026



