Maladies

L'Angleterre veut vaincre la tuberculose bovine d'ici 2038 : en 2026, aucun blaireau n'a été abattu pour la première fois en plus de dix ans, et la vaccination des vaches est prévue pour 2030

Le 5 novembre, le gouvernement britannique a officiellement adopté une stratégie destinée à débarrasser l'Angleterre de la tuberculose bovine d'ici 2038. En un an, le nombre de troupeaux touchés par de nouveaux foyers a baissé d'un cinquième, et 2026 est la première année depuis plus de dix ans sans abattage de blaireaux. Le plan mise sur des vaccins pour les bovins et les blaireaux, des analyses de sang et le dépistage des blaireaux trouvés morts. Voici ce qu'est cette maladie, pourquoi les blaireaux faisaient débat et ce qui change pour les éleveurs.

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Vaches noires et blanches avec boucles d'oreille au cornadis
Photo: Freepik
Sommaire
  1. Ce qui s'est passé
  2. Qu'est-ce que la tuberculose bovine
  3. Pourquoi c'est si dur pour les éleveurs
  4. Comment on détecte la maladie
  5. Où la maladie est la plus répandue
  6. Pourquoi les blaireaux faisaient débat
  7. Ce qui remplace l'abattage
  8. Comment on vaccine les blaireaux
  9. Ce qu'apporterait un vaccin pour les vaches
  10. Analyses de sang
  11. Dépistage des blaireaux trouvés morts
  12. Un nouveau conseil
  13. Ce que montrent les chiffres
  14. La tuberculose bovine est-elle dangereuse pour l'homme
  15. Chats, alpagas et autres animaux
  16. Pourquoi 2038
  17. La situation ailleurs au Royaume-Uni
  18. Ce que cela signifie pour les éleveurs
  19. Comment un éleveur peut protéger son troupeau
  20. Pourquoi un registre précis compte
  21. Ce qu'en pensent les vétérinaires
  22. Ce que cela signifie pour l'Europe
  23. Quand consulter un vétérinaire

Ce qui s'est passé

Le 5 novembre 2026, le gouvernement britannique a officiellement adopté une stratégie de long terme contre la tuberculose bovine en Angleterre. L'objectif est d'en débarrasser complètement le pays d'ici 2038. La stratégie a été élaborée avec des éleveurs, des vétérinaires et des scientifiques, publiée une première fois en juin, et elle devient désormais le plan officiel du gouvernement.

Le ministère de l'Environnement, de l'Alimentation et des Affaires rurales (Defra) a annoncé en même temps que le nombre de troupeaux ayant perdu leur statut indemne de tuberculose avait baissé d'un cinquième au cours de l'année écoulée. Et 2026 est la première année depuis plus de dix ans sans abattage de blaireaux pour lutter contre la maladie.

Les chiffres clésLa tuberculose bovine en Angleterre
2038année visée pour l'éradicationobjectif officiel du gouvernement
3,4 %troupeaux sous restriction en juin 20264,2 % un an plus tôt
20 244bovins abattus en 12 moispic en 2018 : 34 518
2030année visée pour vacciner les vachesavec un nouveau test

Defra ; novembre 2026

Qu'est-ce que la tuberculose bovine

La tuberculose bovine est une maladie bactérienne chronique causée par Mycobacterium bovis. Elle touche surtout les bovins, mais peut se transmettre à d'autres mammifères, dont les blaireaux, les cerfs, les alpagas et les chats. La maladie évolue lentement, et les vaches infectées peuvent paraître en bonne santé pendant longtemps. C'est pourquoi on la détecte principalement par des dépistages réguliers des troupeaux.

Pourquoi c'est si dur pour les éleveurs

Lorsqu'un animal infecté est découvert dans un troupeau, l'exploitation perd son statut indemne. Les vaches infectées et celles qui ont été en contact avec elles sont abattues, et les ventes et mouvements de bovins sont restreints jusqu'à ce que les tests montrent que le troupeau est de nouveau sain. Pour les exploitations familiales, cela signifie non seulement des pertes financières, mais aussi un stress important. La ministre chargée de la biosécurité, la baronne Hayman, a qualifié la maladie de source de pertes amères et d'incertitude.

Comment on détecte la maladie

Le principal outil est le test cutané. Le vétérinaire injecte dans la peau du cou une petite quantité de protéine purifiée issue des bactéries de la tuberculose et vérifie trois jours plus tard s'il y a un gonflement. Si la réaction est plus forte qu'avec une protéine témoin, l'animal est considéré comme réagissant. Le test fonctionne bien à l'échelle du troupeau, mais peut passer à côté de certaines vaches infectées, c'est pourquoi il est complété par des analyses de sang.

Où la maladie est la plus répandue

Pour la lutte contre la tuberculose, l'Angleterre est divisée en zones. La zone à haut risque couvre le sud-ouest et l'ouest des Midlands, où la maladie persiste depuis le plus longtemps. Entre elle et la zone à faible risque du nord et de l'est se trouve une zone de bordure. La fréquence des tests et les règles de mouvement diffèrent selon les zones, et c'est justement dans la zone de bordure que l'amélioration la plus nette a été observée ces dernières années.

Pourquoi les blaireaux faisaient débat

Les blaireaux peuvent contracter la tuberculose et la transmettre aux vaches. Pendant de nombreuses années, des blaireaux ont été abattus en Angleterre dans les zones les plus touchées. Cette mesure a provoqué de vifs affrontements entre éleveurs, défenseurs des animaux et scientifiques. Le nouveau gouvernement avait promis d'y mettre fin, et 2026 est la première année depuis plus de dix ans sans abattage.

Ce qui remplace l'abattage

À la place de l'abattage, l'accent est mis sur la vaccination des blaireaux. Un service de vaccination dédié a été créé pour intervenir dans les zones prioritaires. Les blaireaux vaccinés tombent moins souvent malades et transmettent moins l'infection, si bien que le risque pour les vaches diminue avec le temps. Le gouvernement souligne que la stratégie maintient l'abandon de l'abattage.

Comment on vaccine les blaireaux

Les blaireaux sont vaccinés par injection : ils sont capturés dans des cages-pièges près de leurs terriers, un vaccinateur formé fait la piqûre et relâche aussitôt l'animal. Le vaccin ne guérit pas les blaireaux déjà malades, mais il protège les animaux sains, surtout les jeunes. La vaccination doit donc être répétée plusieurs années de suite pour que la part d'animaux protégés augmente peu à peu dans un groupe.

Ce qu'apporterait un vaccin pour les vaches

La mesure la plus attendue est un vaccin pour les bovins. La difficulté est que le test cutané habituel réagit aussi chez les animaux vaccinés. C'est pourquoi on développe, en même temps que le vaccin, un nouveau test cutané capable de distinguer les vaches infectées des vaches vaccinées. L'objectif est de commencer à vacciner les bovins d'ici 2030.

Analyses de sang

Autre mesure : l'extension des analyses de sang obligatoires financées par l'État. Elles permettent de repérer des animaux infectés que le test cutané manque. Le gouvernement veut aussi expérimenter des tests supplémentaires payés par les éleveurs eux-mêmes, afin de leur offrir plus de choix dans les méthodes de dépistage.

Dépistage des blaireaux trouvés morts

Le gouvernement lance un nouveau programme de collecte et de dépistage de la tuberculose chez les blaireaux trouvés morts. Il doit aider à comprendre où la maladie circule dans la faune sauvage et comment la situation évolue depuis la fin des abattages. Une surveillance similaire des animaux trouvés morts existe déjà pour d'autres maladies, comme la grippe aviaire.

Un nouveau conseil

Le partenariat actuel sur la tuberculose bovine sera remplacé par un nouveau conseil réunissant le gouvernement et la filière, attendu en 2027. Il devra adopter un premier plan d'action : quelles mesures sont prioritaires et comment les mettre en œuvre. Le gouvernement promet de continuer à travailler avec les éleveurs et les vétérinaires.

Ce que montrent les chiffres

Fin juin 2026, 3,4 % des troupeaux d'Angleterre étaient sous restriction en raison de la tuberculose, contre 4,2 % un an plus tôt. Cet indicateur baisse depuis 2017 dans la zone à haut risque et dans toute l'Angleterre, et chute nettement dans la zone de bordure depuis 2024. Sur les 12 mois précédant juin 2026, 20 244 bovins ont été abattus à cause de la tuberculose, 4 % de moins qu'un an plus tôt. Le pic avait été de 34 518 animaux en 2018.

La tuberculose bovine est-elle dangereuse pour l'homme

Mycobacterium bovis peut infecter l'homme, mais c'est rare au Royaume-Uni. Les principales protections sont la pasteurisation du lait et l'inspection vétérinaire des viandes à l'abattoir. Le lait et le bœuf du commerce sont donc sûrs. Le risque est plus élevé pour les personnes qui boivent du lait cru ou travaillent avec des animaux malades sans protection.

Chats, alpagas et autres animaux

Les chats peuvent parfois développer une tuberculose due à Mycobacterium bovis, surtout ceux qui chassent à la campagne, tout comme les alpagas et les lamas. Chez le chat, la maladie peut se manifester par des plaies qui ne cicatrisent pas, des ganglions gonflés, de la toux et un amaigrissement. Si votre chat vit près de fermes et présente ces signes, consultez un vétérinaire.

Pourquoi 2038

La tuberculose bovine ne se vainc pas rapidement : la maladie évolue lentement et l'infection persiste dans la faune sauvage. C'est pourquoi la stratégie s'inscrit dans le long terme et combine plusieurs mesures : dépistage, vaccination des vaches et des blaireaux, surveillance de la faune et biosécurité dans les exploitations.

La situation ailleurs au Royaume-Uni

La stratégie ne concerne que l'Angleterre. Le pays de Galles et l'Irlande du Nord ont leurs propres programmes, et l'Écosse est officiellement indemne depuis 2009. L'expérience écossaise montre que des contrôles stricts et la surveillance des mouvements de bovins donnent des résultats.

Ce que cela signifie pour les éleveurs

Pour les éleveurs, la stratégie signifie davantage de tests, plus de choix dans les méthodes de dépistage et, à terme, un vaccin pour les vaches. La biosécurité compte dès maintenant : empêcher les blaireaux d'accéder à l'alimentation et aux abreuvoirs, clôturer les abords des terriers, vérifier les bovins avant l'achat et tenir un registre précis des mouvements.

Comment un éleveur peut protéger son troupeau

  1. Protégez l'alimentation et l'eau des blaireaux et de la faune sauvage.
  2. Vérifiez le statut du troupeau dont vous achetez des animaux.
  3. Isolez les nouveaux animaux jusqu'au dépistage.
  4. Respectez les échéances de dépistage et signalez toute suspicion.
  5. Établissez avec votre vétérinaire un plan de biosécurité pour l'exploitation.

Pourquoi un registre précis compte

La tuberculose entre souvent dans un troupeau avec des animaux achetés. Si l'éleveur sait exactement d'où vient chaque vache et avec quels animaux elle a pâturé, les vétérinaires retrouvent plus facilement la source de l'infection et lèvent plus vite les restrictions. C'est pourquoi la stratégie insiste autant sur l'enregistrement et la traçabilité.

Ce qu'en pensent les vétérinaires

Les vétérinaires répètent depuis longtemps que l'abattage des blaireaux ne suffit pas et qu'il faut de meilleurs tests et un vaccin pour les bovins. La nouvelle stratégie repose précisément sur ces outils. Mais son succès dépendra de la rapidité avec laquelle le vaccin bovin pourra être utilisé à grande échelle et de l'accueil des nouvelles règles par les éleveurs.

Ce que cela signifie pour l'Europe

Dans de nombreux pays de l'UE, les troupeaux sont officiellement indemnes de tuberculose bovine, mais la maladie persiste dans certaines régions, y compris dans la faune sauvage. C'est le cas en France, notamment en Nouvelle-Aquitaine, où des blaireaux et des sangliers sont aussi touchés. L'expérience anglaise de la vaccination des blaireaux et d'un vaccin bovin associé à son propre test sera suivie de près en Irlande, en France et ailleurs.

Quand consulter un vétérinaire

Contactez votre vétérinaire si une vache tousse longtemps, maigrit sans raison apparente, a des ganglions gonflés ou produit moins de lait. Montrez au vétérinaire un chat vivant près d'une ferme s'il a des plaies qui ne cicatrisent pas, tousse ou maigrit. N'oubliez pas que la tuberculose bovine est une maladie réglementée qui doit être déclarée.

Sources

  1. GOV.UK, Defra, 5 novembre 2026